La dictatrice du bonheur

Il était une fois une petite fille qui croyait qu'elle avait le pouvoir de rendre les gens heureux. Elle était très sensible à la peine d'autrui et se sentait mal dès qu'elle voyait un être en difficulté.

On lui disait qu'elle était gentille et cela lui faisait plaisir. Elle trouvait toujours une façon d'aider ou de réconforter les autres.

En grandissant elle s'est tournée vers des métiers où elle allait venir en aide aux autres, les aider à résoudre leurs problèmes et à se sentir mieux.

Un jour cette petite fille est devenue maman. Et voir ses enfants tristes ou malheureux était très difficile pour elle. Elle voulait à tout prix les rendre heureux et alléger leur peine quand ils vivaient des moments difficiles. Pourtant, plus ses enfants grandissaient, moins elle avait le pouvoir de résoudre leurs problèmes.

Comment gérer la souffrance de ceux qui nous sont chers ? Comment être présents pour eux sans vivre à leur place leurs émotions à travers notre propre filtre ? Comment accompagner nos amis dans des passages difficiles sans que leur tristesse résonne si fort qu'elle devient la nôtre ?

Elle n'avait pas de réponse à cette question. Alors elle essaya de tout faire pour que ses enfants, et ceux qu'elle aimait, passent de bons moments. En quelle que sorte elle voulait les sauver de leurs souffrances...

Elle sentait que ce n'était pas la bonne attitude, ni pour elle, ni pour ses proches. 
Est-ce en évitant la souffrance que l'on peut être heureux ? Se priver de ce qui pourrait nous faire mal, par peur d'être blessé à nouveau, peut devenir une prison que nous nous créons nous-même, une façon d'enlever des couleurs au tableau. 

Faut-il être heureux à tout prix d'ailleurs ?  Comment vivre sa vie, être et se sentir vivant ? Comment vivre avec ceux que nous aimons, être ensemble sur ce chemin, quel que soit le voyage qui se dessine ?

Nous avons un corps, une histoire, une âme, une palette d'émotions en nous... Une multitude d'expériences à vivre s'offrent à nous. Et vouloir à tout prix que les autres soient heureux, que l'on soit heureux, peut devenir une forme de dictature et générer l'inverse de ce qui est souhaité au départ.

La petite fille devenu grande a réalisé qu'elle était enfermée dans ce désir de bonheur et que petit à petit elle risquait d'enfermer ceux qu'elle aimait le plus en voulant leur éviter de vivre ce qu'ils avaient à vivre.

Elle commençait aussi à comprendre que sa propre tristesse trouvait écho dans celle des autres et qu'elle avait peut-être à accepter de vivre cela, de regarder à l'intérieur d'elle-même la part endormie qui attendait...

Et à partir de là, quelque chose changera.

6 commentaires :

  1. Anonyme10.10.17

    Voilà un conte plein de sagesse !

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    1. Merci Anonyme pour ce petit mot encourageant :) !

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  2. Je suis convaincue, et depuis fort longtemps, que le bonheur ne peut être que grâce aux moments douloureux...
    Bisous Stéphanie

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    1. Coucou Cécile, merci pour ce partage. Pour moi c'est plus récent comme découverte ;) Je suis peut-être trop idéaliste ! Gros bisous

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  3. Un très beau texte Stéphanie. On ne peut éviter la souffrance, ça fait partie de la vie. Et quand on l'accepte, le bonheur prend la place qui lui revient.
    Une vie sans souffrance n'existe pas. C'est à travers cette expérience qu'on prend pleinement la mesure de la vie.
    Merci et bonne route!

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    1. Coucou Marie, merci ! Expérience, c'est le mot... Comme tu l'écris une vie sans souffrance n'existe pas, et commencer à l'accepter est une étape importante. Peut-être que je commence tout juste à le faire. Mieux vaut tard que jamais ! Gros bisous :)

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Merci pour votre commentaire qui enrichit notre voyage au pays du bien-être !